Création des Fétiches et retour au Soi authentique

Le moment où j’ai décidé de créer ceux que j’ai appelés les fétiches était un moment où j’avais besoin de me reconnecter à ma part enfantine. Honorer celui qui était toujours présent, tout en étant nié, caché. Pas toujours facile d’assumer cette part une fois adulte. Parce que comme beaucoup je m’imaginais qu’être adulte, c’était ne plus être enfant. Alors que mon cheminement est venu me montrer que c’était presque l’inverse de ça, qu’il y avait justement quelque chose de précieux à préserver à cet endroit, une authenticité et beaucoup de joie. J’y vois notre part divine qui s’y cache, ce que Jung (Carl Gustav) appelait le Soi. Même quand on n’a pas eu une enfance facile. Enfant nous sommes tellement résilients, c’est justement après que ça se complique. Hors cas extrêmes bien sûr, et même dans ces cas je pense que ça peut aider, seulement une fois surmonté tout ce qui nous sépare de cette part restée pure, presque animale. Et pour ça les jouets, poupées, figurines ont eu et ont encore un rôle essentiel, dans notre lien à nous-même.

Alors j’ai été chercher en moi à quel endroit vivait encore cet enfant, où est-ce que je pouvais l’apercevoir, le contacter. J’ai été voir en moi ce qu’il restait depuis les animes du club Dorothée, depuis que je m’étais débarrassé de la quasi-totalité de mes jouets et doudous (sauf un). En passant par l’art de Miyazaki, de Satoshi Kon, quelques animes ici et là. Les livres de mes enfants que j’aimais bien feuilleter de temps à autre. Les mangas de Taiyo Matsumoto, les yokaï bien sûr et quelques autres fantaisies que je nourrissais plutôt seul dans mon coin. Oui, finalement l’enfant était encore bien présent mais pas vraiment assumé, il se cachait. Et j’ai aussi pris conscience qu’il était présent dans cette image d’Épinal que je me suis faite du Japon, un endroit où tout est poésie, le thé, le wabi-sabi, l’animisme…

Il y a aussi Michel Ocelot avec entre autres Kirikou et les fameux fétiches de Karaba la sorcière. J’en ai juste repris le nom que je trouvais vraiment à propos. Mais je les voulais plus doux, dans la lumière, facétieux et sages à la fois. Et puis il suffit de creuser un peu pour trouver des traces de ces représentations de petits êtres dans toutes les traditions. Et finalement je crois que beaucoup de nos œuvres d’art aujourd’hui n’échappent pas à ce besoin de créer des représentations de figures archétypales pour pouvoir y projeter et y nourrir nos inconscients.

Je voulais vraiment créer de petites figurines bienfaitrices, un peu comme des objets magiques qui nous apporteraient leur énergie et leurs caractéristiques. Aussi un petit côté doudou mais pour les adultes, quelque chose de réconfortant qui nous ramène à cette part de nous. Alors j’en ai fait plusieurs modèles avec une esthétique proche du wabi-sabi, et je leur ai donné à chacun un nom inspiré de la langue japonaise et attribué des caractéristiques, une personnalité.

Il y a eu les grigris aussi après ça, inspirés des kodamas de Miyazaki, kodamas qui sont des yokaï de la tradition japonaise, de petits esprits vivant dans les arbres et faisant le lien entre les humains et la nature. Là j’ai laissé faire les choses, je voulais respecter leurs origines, je les ai donc présentés simplement comme de petits êtres de lumière, pas plus. D’ailleurs il y a une petite anecdote étonnante à leur sujet que je raconte directement sur mon site.

La démarche part forcément de moi mais une fois l’idée clarifiée, il y a cette envie de partage, partager ce vécu, ce besoin avec qui s’y reconnaîtrait. Et puis l’envie d’embellir le monde à ma manière, apporter un peu de douceur et de naïveté.

J’ai récemment rencontré une dame retraitée qui toute sa vie a vendu des doudous et qui me disait que de plus en plus d’adultes et, ce qui l’avait encore plus surprise, des hommes venaient lui acheter des doudous pour eux-mêmes. Elle-même est très attachée à ses doudous. Je pense que l’époque nous demande ça, de nous reconnecter à cette joie et cette magie, à notre imaginaire. Notre pouvoir de création intérieur. Pour la paix et pour la joie.

Alors oui, je peux dire aujourd’hui que créer ces petits êtres m’a vraiment fait un bien fou et a été l’un des chemins m’ayant permis de me retrouver un peu, plus dans ma joie et mon entièreté, ma spontanéité. Et je suis sûr que mes fétiches et grigris vous ont apporté, vous apportent et vous apporteront toutes ces choses magnifiques et magiques pour lesquelles je les ai créées.

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Présentation, journal d’un artiste autodidacte